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On me pose toujours la même question : « Mais pourquoi ? » Pourquoi quitter un poste confortable dans une agence de communication parisienne, un appartement dans le 11e, des amis, des habitudes, une vie entière construite autour du métro et des terrasses de café ? Pour aller s’installer à Beauregard-le-Haut, un village perché dans les Cévennes où le premier supermarché se trouve à vingt-cinq minutes de route et où la connexion internet relève parfois du miracle.
La réponse honnête, c’est que je ne sais pas exactement. Ou plutôt, je le sais, mais c’est difficile à formuler sans avoir l’air d’un cliché ambulant. Disons que j’avais trente-quatre ans, que je dormais mal, que je passais mes dimanches soir avec une boule au ventre, et que le dernier livre que j’avais lu pour le plaisir remontait à plusieurs mois. Moi, qui dévorais trois romans par semaine à vingt ans. Quelque chose s’était éteint, et je n’arrivais même plus à mettre un mot dessus.
Le déclic est venu d’un week-end de novembre. Une amie m’avait traînée dans un gîte au milieu de nulle part pour « déconnecter ». J’avais râlé pendant tout le trajet. Et puis, le samedi matin, je me suis retrouvée assise sur un muret en pierre, face à une vallée noyée dans la brume, avec un café brûlant dans les mains et un silence que je n’avais pas entendu depuis des années. Un vrai silence, pas une absence de bruit — un silence plein, habité, presque musical. J’ai pleuré sans comprendre pourquoi.